Serge Carré
Peintre et Sculpteur
Serge Carré ou la naissance d'un monde
C'est toujours un privilège de pouvoir suivre le parcours d'un créateur, bénéficier de la prérogative de jeter sur son œuvre un regard et un jugement exceptionnels. Cette chance me fut offerte lors de ma rencontre avec Serge Carré, auquel je suis attaché pour avoir assisté à l'évolution de son art jusqu'à la découverte de son style actuel, d'une facture personnelle, très particulière, qui ne cherche en rien à flatter l'oeil comme cela se oit surtout chez la plupart des peintres dits coloristes. Il y a dans les toiles de Serge Carré out un monde en gestation que le pinceau de l'artiste, à la recherche d'un absolu pictural, dénonce prenante, mais qui ne nous éloigne pas trop d'une certaine réalité par le raffinement d'une technique mise au service d'un imprévu message.
Serge Carré a su se débarrasser de tous les parasites qui jadis encombraient ses toiles et brouillèrent ainsi le silence de ce monde immobile, image de sa ''paix de peintre''. Avant que ne vienne s'inscrire sur la toile son univers d'aujourd'hui dans sa finalité, que de recherches, d'hésitations, d'inhibitions comme l'éprouve l'écrivain devant sa feuille vierge de touts signe. Le premier coup de pinceau met en marche tout un système de valeurs enfouies au plus profond de l'artiste, promises au doute et à la crainte, face à l'aspect quasi-définitif de son travail en cours. Nous, spectateurs attachons en premier lieu notre investigation à travers la couleur et la forme, poursuivant notre exploration sur ce que l'oeil ne perçoit pas du premier regard : le mystérieux et l'invisible, ceux-ci ne faisant qu'un.
L'art a pour finalité la recherche de la lumière. Chemin difficile semé d'embûche, d'incertitudes surtout. C'est l'existence même de l'artiste qui est en jeu, sa survie ; l'apparition du jouer nouveau qui se lèvera sur sa création future. La passion de Serge Carré pour son art est le garant de son avenir de peintre, j'entends par là ce qu'il porte en lui de neuf et de différent, d'original et d'insolite, pourquoi pas d'extraordinaire. Ces moments de silence qu'il nous offre dans la généralité de ses thèmes sont les gardiens de nouveau sabbats à venir : la vie ne pouvant s'éteindre à l'extrémité d'un pinceau. C'est en fixant chacune des œuvres de Serge Carré que je ressens le peu de calme que nous portons en nous, la clameur qui bouleverse notre vie intérieure. Par ce monde du silence qu'elle nous offre, l'oeuvre de Serge Carré est teintée d'un surréalisme qui n' aucunement besoin de l'hallucinant pour nous émouvoir. Figée dan son immobilité, elle en est pour moi une preuve. Il doit bien exister quelque part un lieu où l'existence est muette, les bruits assassinés pour ne laisser que la trace immatérielle de chose. Serge Carré l'a découvert sans nous en prévenir mais aussi sans résister au besoin de nous l'offrir. Lui seul connait ce lieu magique où se situe l'empire de ces voix cachées d'où le monde a peut-être pris naissance. En tant que peintre, il a tout pouvoir sur la nature, son onirisme le lui permettant.
Il m'est arrivé en fixant avec trop d'insistance une de ses toiles, de ne trouver au cœur d'un site qui m'apparaissait mort tant le calme était profond, mais ce n'était que l'expression d'une paix impénétrable qui me saisissait pour la première fois et que m'offrait une peinture. Dès lors, je compris jusqu'où pouvait aller l'au-delà du rêve de l'artiste, sa chance de pouvoir transformer la nature existante en y laissant son empreinte, et devenir le nouvel architecte de nos territoires. Rebâtir ce que l'homme et le temps on édifié ; oui, quelle chance pour nous de recevoir un vestige palpable et visible de son imaginaire.
La palette de Serge Carré est une des plus sage et des plus reposante que je connaisse. Elle est en parfait accord avec l'univers qu'elle nous propose et dont elle est forcément le premier support. Elle nous entraîne dans les arcanes d'un espace où se dissimulent des bâtiments semblable à des temples abandonnée. Quand près d'eux passe une péniche nous ne savons ni d'où elle viens ni qui la conduit. Elle glisse devant nous à la façon d'un simulacre, guidée par la main du peintre après qu'il eut recherché sur sa palette les couleurs qui lui conviennent.
Pour le peintre, d'avantage que pour l'écrivain, la technique est essentielle ; elle est la marque de dehors de tous maniérisme bien entendu. Serge Carré est attaché au respect de son art par la délicatesse des couleurs qu'il utilise, la rigueur de son dessin, le climat et la mise en place de sa propre vision. J'éprouve à la vue de ses toiles le même ravissement admiratif que devant une œuvre de Georges de la Tour, prince de la lumière nocturne. L'émotion né du sortilège de deux mondes opposés est semblable quand le silence est frère d'un flambeau.
L'oeuvre du peintre cesse de vivre non pour mourir mais pour atteindre la résurrection que les pinceaux de son maître possèdent entre leurs crins, premiers battements de cœur de son inspiration future. Dès lors, d'une toiles à l'autre, se poursuit le chemin que la magie de son art conduit à la recherche de lOr du Temps, qui jamais ne se termine jusqu'à ce que s'ouvre devant lui une autre fenêtre, au cœur cette fois du Grand Tout dont l'artiste est seul dépositaire. C'est le cas de Serge Carré tout au long de son chemin de créateur. L'osque je le vois devant son chevalet, je me questionne sur la naissance d'une nouvelle architecture quand nous auront disparu les édifices à demi caché sous la brume.
La place de la femme dans l'oeuvre se Serge Carré est importante. Elle ne témoigne pas seulement de la sensualité de l'artiste vis-à-vis du corps humain, mais surtout de sa démarche qui conduit à la source de ce mystère féminin que le peintre nous dévoile. Chaque fois que Serge Carré prend le pinceau pour peindre un nu, le soleil se lève sur la femme et il n'est pas un pli de sa peau qui ne s'illumine ; statue érigée par le temps, la femme deviens notre seule et unique créature. Elle ne peut avoir de meilleur témoignage que celui de l'artiste lui offrant le trajet de son dessin, l'éclat et la lumière de ses couleurs. Elle appartient à son évasion lorsqu'il la conduit là où personne ne l'a encore accompagnée, en lui offrant le nom de modèle, quelle que soient les courbure de son corps.
''Femme tu es l'avenir de l'homme'' dit Aragon en nous la représentant déjà en effigie à notre convoitise. Qui donc, à part le peintre, son ami, son complice, lui volera cette place ? Son fusain caresse chacun des galbes de ses formes pour le plaisir et le désir qu'il éprouve lui, le premier, à disposer de sa présence dévêtue. Grace à ses toiles je comprends le mot harmonie et ne peux que rêver devant la femme en offrande à nom interrogation gourmande que son corps dissimule. Compagnon des nus de Serge Carré, le ciel se reflète sur leur peau et en appelle lui aussi au silence. L'admiration que je leur porte suffit au désir secret qui m'habite. Messagers de la beauté, les nus de Serge Carré détiennent les reflets du monde où ils ont vu le jour , sur la route d'un lieu paradisiaque où naissent les déesses inaccessibles, rayonnantes créature aux longues chevelures tranquille.
Grâce aux peintures de Serge Carré, je fais le voyage en pays loin et trouve la réponse qu'elle m'inspirent. Elles sont ma chimère, la frénésie d'un matin qui prépare la naissance d'un monde à venir.
Clément Lepidis
Longeville juin 1996